
Mariam Bataller Pardo
Fondatrice

Droit pénitentiaire
Si vous êtes arrivé jusqu'ici, vous comptez probablement les jours.
Vous connaissez par cœur la date des trois quarts et chaque appel de votre fils, de votre compagnon ou de votre frère se termine par la même question : quand sort-il ? C'est une attente épuisante, et presque toujours vécue avec très peu d'informations.
La libertad condicional (libération conditionnelle) est la dernière étape de l'exécution d'une peine de prison. Ce n'est ni une grâce ni un pardon : c'est la possibilité d'exécuter hors de l'établissement le reliquat de la peine, sous conditions et pour une durée déterminée. Elle est décidée par une juridiction, obéit à des conditions précises et peut être contestée en cas de refus.
Chez Bataller Abogados, nous pratiquons le droit pénitentiaire depuis plus de vingt-cinq ans, depuis Barcelone, dans les établissements de Catalogne et du reste de l'Espagne. Nous vous expliquons ici, en termes clairs, ce qu'exige la loi en 2026, quelles formes existent et ce que l'on peut faire quand la réponse est non.
Vous ne savez pas par où commencer ?
Depuis la Ley Orgánica 1/2015, la libertad condicional n'est plus le quatrième degré de classement : elle est régie comme une modalité de suspension de l'exécution du reliquat de la peine de prison. Le changement n'est pas seulement terminologique.
La conséquence la plus importante porte sur le temps : en cas de révocation, le temps passé à l'extérieur ne compte pas comme peine exécutée (art. 90.6 du Código Penal, code pénal espagnol). On retourne en prison avec le même reliquat de peine qu'au jour de la sortie.
La seconde est qu'elle est accordée pour un délai de suspension, que la loi fixe entre deux et cinq ans et qui ne peut jamais être inférieur à la peine restant à exécuter. Pendant ce délai, la personne condamnée est soumise aux conditions fixées par la juridiction.
L'art. 90.1 CP pose trois conditions cumulatives :
Le juge apprécie en outre la personnalité de la personne condamnée, ses antécédents, les circonstances de l'infraction, sa conduite pendant l'exécution et sa situation familiale et sociale.
Un point surprend beaucoup de familles : les dommages et intérêts. L'art. 90.1 prévoit que la suspension n'est pas accordée si la personne condamnée ne les a pas réglés, selon les critères de l'art. 72 de la Ley Orgánica General Penitenciaria (loi organique pénitentiaire espagnole). Le paiement intégral n'est pas toujours exigé, mais un effort de réparation justifié l'est. L'art. 90.4 permet en outre de refuser lorsque des informations inexactes sont fournies sur le patrimoine.
L'art. 90.2 CP permet d'accorder la suspension avant le terme ordinaire. C'est la modalité dite anticipée aux 2/3. Elle exige :
C'est là que se joue une grande partie du dossier. Cette deuxième condition ne se prouve pas simplement par le fait d'avoir occupé un poste : il faut des attestations de participation, des rapports des professionnels, des formations achevées et des programmes de traitement suivis.
Cette modalité ne s'applique pas aux personnes condamnées pour terrorisme ni pour des infractions commises au sein d'organisations criminelles.
Le même art. 90.2 prévoit un avancement supplémentaire. Une fois la moitié de la peine purgée, il permet d'avancer l'octroi par rapport à la date des deux tiers, dans la limite de quatre-vingt-dix jours par année d'exécution effective.
Ce n'est pas automatique. La loi exige de justifier, en plus des conditions précédentes, une participation effective et favorable à des programmes de réparation en faveur des victimes, ou à des programmes de traitement ou de sevrage, selon les cas.
L'art. 90.3 prévoit par ailleurs un cas distinct : les personnes qui purgent leur première peine de prison, lorsque celle-ci n'excède pas trois ans, peuvent y accéder à la moitié de la peine, si les autres conditions sont réunies. Les infractions contre la liberté et l'intégrité sexuelles sont exclues.
L'art. 91 CP régit deux situations dans lesquelles la loi renonce à exiger une fraction minimale de peine purgée :
Le deuxième alinéa impose de transmettre le dossier à la juridiction avec l'urgence que le cas requiert, et l'art. 196 RP exige d'y joindre le rapport médical, ou l'acte de naissance pour les personnes de plus de soixante-dix ans. Dans cette situation, le facteur décisif est en général la rapidité.
Le troisième alinéa vise le cas le plus extrême : lorsque le danger pour la vie de la personne détenue, du fait de sa maladie ou de son âge avancé, est manifeste selon l'avis médical, la juridiction peut prononcer la suspension sans attendre les autres formalités, en appréciant uniquement l'absence de dangerosité significative. En contrepartie, la personne condamnée est tenue de communiquer des informations sur l'évolution de sa maladie.
C'est la question qu'on nous pose le plus au téléphone. Ce sont deux choses distinctes et successives.
Le tercer grado est un degré de classement pénitentiaire. La personne continue de purger sa peine et reste rattachée à un établissement : en principe, elle passe la nuit dans un Centro de Inserción Social (centre d'insertion sociale) ou s'y présente selon la fréquence fixée, et elle relève de l'administration pénitentiaire, sous contrôle judiciaire a posteriori.
La libertad condicional est une suspension de l'exécution du reliquat de la peine, décidée par une juridiction. La personne vit à son domicile, soumise au délai de suspension et aux conditions imposées, avec un suivi des services sociaux pénitentiaires.
Le lien entre les deux est direct : l'art. 192 RP prévoit que les personnes classées en tercer grado qui remplissent les autres conditions du code pénal purgent le reste de leur peine en libertad condicional. Le tercer grado est la porte d'entrée.
Le dossier est instruit par la Junta de Tratamiento (commission de traitement) de l'établissement, qui le transmet à la juridiction. L'art. 195 RP détaille son contenu :
La décision revient à la juridiction de l'application des peines. Un changement récent mérite d'être signalé : depuis la Ley Orgánica 1/2025, les anciens Juzgados de Vigilancia Penitenciaria (juges de l'application des peines espagnols) ont été intégrés aux Tribunales de Instancia sous le nom de Secciones de Vigilancia Penitenciaria. Le nom et la structure changent ; pas les compétences ni les droits de la personne détenue.
Un refus ne clôt pas le dossier. Le régime des recours figure à la disposition additionnelle cinquième de la Ley Orgánica del Poder Judicial (loi organique du pouvoir judiciaire), et les délais sont courts :
En matière d'exécution des peines, l'appel est tranché par la juridiction de jugement ; en matière de régime pénitentiaire, par l'Audiencia Provincial du lieu de l'établissement. Les décisions de la juridiction centrale sont contestées devant la chambre criminelle de l'Audiencia Nacional.
Un point provoque beaucoup de frustration dans les familles. La disposition additionnelle cinquième prévoit que le recours du ministère public contre les décisions de libération conditionnelle ou de classement entraînant une sortie a un effet suspensif lorsqu'il s'agit de personnes condamnées pour une infraction grave à une peine privative de liberté supérieure à cinq ans. Dans ces cas, la sortie est bloquée jusqu'à la décision, avec un traitement prioritaire et urgent.
Si la demande est rejetée, l'art. 90.7 CP permet de fixer un délai de six mois, prorogeable par décision motivée jusqu'à un an, avant de la présenter de nouveau. Ce temps n'est pas perdu : c'est la marge pour corriger ce qui a motivé le refus.
Un délai qui court n'attend pas
Si vous venez de recevoir une notification, dites-le nous aujourd'hui. L'appel est gratuit et sans engagement.
Appeler maintenantLa libertad condicional peut être révoquée. L'art. 90.5 CP renvoie au régime général de la suspension, en particulier aux art. 83, 86 et 87 : la révocation est possible lorsque la personne commet une nouvelle infraction pendant le délai, manque gravement ou de façon répétée aux interdictions et obligations imposées, ou se soustrait au contrôle des services chargés du suivi.
La conséquence est lourde : le reliquat de peine est exécuté et le temps passé en libération conditionnelle ne compte pas comme peine exécutée. C'est pourquoi nous insistons pour que les conditions soient bien comprises dès le premier jour.
Face à une proposition de révocation, il reste une marge de défense : établir la cause réelle du manquement, produire des rapports attestant la continuité du traitement ou la stabilité professionnelle, et proposer la modification des règles de conduite comme solution de remplacement.
Nous analysons les jugements, le décompte de la peine, les refontes et les dates d'exécution. Il est fréquent de détecter des erreurs de calcul qui décalent les dates clés.
Nous lui rendons visite, nous parlons avec les professionnels concernés et nous examinons le dossier pénitentiaire.
Nous déterminons quelle modalité convient le mieux et à quel moment, et nous identifions ce qui reste à justifier avant la transmission du dossier.
Nous joignons les pièces de soutien : offre d'emploi, accueil familial, rapports d'associations et preuves de l'effort de réparation.
Nous surveillons les délais, formons les recours utiles et accompagnons pendant le délai de suspension pour éviter les incidents.
Les réunir accélère le travail. Si vous ne les avez pas tous, nous nous en chargeons.
Non. La condamnation reste active pendant le délai de suspension, de deux à cinq ans, qui ne peut jamais être inférieur à la peine restant à exécuter. Pendant cette période, il faut respecter les conditions et les règles de conduite imposées, avec un suivi. Ce n'est qu'à l'expiration du délai sans révocation que la peine est déclarée éteinte.
Par la voie ordinaire de l'art. 90 CP, non : le classement en tercer grado est une condition expresse. C'est pourquoi, lorsqu'une personne est en deuxième degré et approche des trois quarts, la priorité est la progression de degré. L'exception figure à l'art. 91 CP pour les personnes atteintes d'une maladie très grave et incurable et pour celles de plus de soixante-dix ans : c'est alors l'exigence de fraction de peine purgée qui disparaît.
Il n'y a pas de délai unique : cela dépend de l'établissement, de la charge de travail de la juridiction et du caractère complet du dossier. Un dossier auquel il manque des rapports prend des semaines, voire des mois, de retard. Dans les cas de l'art. 91 CP, la loi impose un traitement urgent. Le moyen le plus efficace de gagner du temps est de préparer les pièces avant que le dossier ne soit transmis.
La loi n'exige pas nécessairement le paiement intégral, mais un effort de réparation apprécié selon l'art. 72 de la Ley Orgánica General Penitenciaria : capacité financière réelle, patrimoine, charges de famille et conduite adoptée en vue de réparer. L'essentiel est de prouver cet effort par des documents, même si les montants sont modestes. En revanche, dissimuler des biens ou donner des informations inexactes peut fonder un refus.
Oui. Les conditions légales sont les mêmes. Les difficultés sont surtout pratiques : justifier un domicile, des attaches, des ressources et un réseau d'accueil en Espagne. Il faut aussi tenir compte de la situation administrative et des éventuelles procédures d'expulsion, qui interfèrent avec l'exécution de la peine.
L'art. 90.7 CP permet de fixer un délai de six mois, prorogeable par décision motivée jusqu'à un an, avant de présenter une nouvelle demande. Mieux vaut mettre ce laps de temps à profit pour corriger le motif précis du refus : terminer des programmes, consolider une offre d'emploi, avancer dans la réparation ou faire effacer des sanctions. Redemander la même chose, sans élément nouveau, change rarement le résultat.
Travailler est non seulement possible : c'est l'un des éléments qui soutiennent le projet de vie à l'extérieur. Les déplacements dépendent des règles de conduite imposées, qui peuvent comporter des interdictions de résidence ou d'approche, ou l'obligation de signaler tout changement de domicile. Au moindre doute, mieux vaut demander que supposer.
Les sanctions figurent au dossier et sont prises en compte dans l'appréciation de la bonne conduite, sans constituer pour autant une interdiction automatique. Comptent la nature de la faute, son ancienneté et son effacement éventuel. D'où l'intérêt de reprendre les procédures disciplinaires en temps utile et de demander les effacements lorsque c'est possible, sans attendre l'échéance de la libération conditionnelle.
Un cabinet boutique : vous parlez toujours à la même avocate, pas à un service.
Parlons aujourd'hui
Le premier échange sert à comprendre la situation : ce qui peut être fait et dans quels délais. Dites-nous le nom de l'établissement et ce qui s'est passé.
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